Juin 2017  
 
30 ans du programme Erasmus
 
-

« L’idée était simple, et pourtant elle paraissait folle : offrir la possibilité à des étudiants de tous les pays européens de faire au moins un semestre d’études supérieures dans un autre pays de l’Union, en faisant valider le diplôme obtenu dans les deux pays. Cela exigeait un peu d’argent, et l’accord des universités concernées. C’était il y a trente ans.

Depuis, 9 millions de jeunes en ont bénéficié. Ils ont partagé, non seulement les études, mais la vie quotidienne, la langue, les habitudes, les musiques, les goûts, les boissons fortes, les modes, les préjugés, les histoires belges, les farces d’un autre pays. Pour eux, désormais, l’Europe, ce n’est pas « l’étranger », c’est la famille. C’est d’ailleurs tellement la famille qu’un tiers d’entre elles et d’entre eux ont connu leur premier amour à l’occasion de cette fugue organisée. C’est la génération Erasmus. Elle prend aujourd’hui le pouvoir, en France comme chez nos voisins. Et ça change tout.

On porte le regard au-delà de l’horizon de son clocher. On se compare. On se comprend. On s’apprécie. On s’attache. Même s’il arrive, doux poète, qu’on s’arrache au Mont Palatin par nostalgie de la douceur angevine, on y aura mûri. On y aura compris ce qui ne s’apprend pas dans les livres. On y aura vécu « l’éloge de la folie », tel que le dressait Erasme de Rotterdam il y a cinq cents ans : la folie d’aller au-devant des autres.

Erasmus, c’est la jeunesse d’Europe à la conquête d’un siècle qui n’est plus né en Europe, à la conquête d’une science enfin universelle, à la conquête de la paix, nécessaire et introuvable, entre toutes les jeunesses du monde. L’Europe ne fait plus rêver ? Laissons le propos aux insomniaques ».

Alain Lamassoure (LR, Île-de-France)