Juin 2018  
 
Un projet européen pour une civilisation européenne
 
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Le nouveau numéro deux des Républicains, Jean Leonetti, des membres de la direction du parti, des élus proches de Laurent Wauquiez et l’ensemble des membres Les Républicains du Groupe PPE ont présenté leur vision de l’Europe dans une tribune parue dans Le Monde le 23 juin.

L’Europe, à peine convalescente de la crise économique qu’elle vient de surmonter, se trouve confrontée à une succession d’événements qui la menacent d’explosion : une vague migratoire de grande ampleur, des actes de terrorisme perpétrés sur son territoire par des fanatiques islamistes, le Brexit aux conséquences économiques et politiques encore mal évaluées et l’élection d’un -président des États-Unis prônant un protectionnisme économique. Dans ce -contexte, à chaque élection en Europe, les extrêmes et les partis anti-européens progressent à tel point qu’ils deviennent majoritaires en Italie. Les peuples européens se détournent de l’Europe, qu’ils accusent d’imposer des contraintes -financières et réglementaires accrues sans apporter de protection. Le rêve européen s’évanouit peu à peu.

Face à cette situation inquiétante, certains proposent d’avancer plus vite encore vers un fédéralisme européen ou une " souveraineté européenne " au risque d’aggraver le divorce entre l’Europe et les peuples. D’autres, à l’inverse, proposent de provoquer une sortie de l’euro et de l’Europe aux conséquences financières dramatiques pour les salariés, les épargnants et les retraités en raison de la dévaluation massive qu’elle engendrerait.

Nous, les Républicains, quelles que soient nos sensibilités, sommes profondément attachés à l’Europe par réalisme et conviction. L’Europe n’est pas une -option, nous savons que les défis environnementaux, économiques et politiques de notre temps ne seront relevés qu’à l’échelle des continents et qu’il serait problématique de laisser la Chine et les États-Unis face à face pour organiser de manière bipolaire le monde à venir.

Nous nous souvenons aussi que les figures historiques de nos familles politiques d’origine ont toutes, à leur manière et dans un contexte politique différent, œuvré à la construction européenne. Elles l’ont fait d’abord pour la paix, mais ensuite et surtout pour défendre un modèle original de démocratie et un idéal de liberté. Nous sommes conscients de ce que nous a apporté la construction européenne pour protéger notre agriculture au travers de la PAC - politique agricole commune -, dynamiser notre économie et notre compétitivité par le " marché unique ", porter de grands projets et assurer une solidarité entre les territoires.

Nous savons aussi que les difficultés rencontrées sont, souvent à tort, imputées à l’Europe alors qu’elles relèvent de la responsabilité des États. La sur-transposition des textes par la France est issue de la seule volonté des gouvernements. Cependant, afin de surmonter la crise de confiance qu’elle traverse et subit, l’Europe – qui n’est pas exempte de reproches – n’a pas d’autre choix que de se réformer ou disparaître. C’est pourquoi nous voulons porter un nouveau projet européen.

L’Europe doit d’abord se construire sur la base de frontières sûres et stables. Les frontières extérieures doivent être sûres pour permettre la libre circulation à l’intérieur de l’Union. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de renforcer les contrôles aux frontières de l’Europe, de s’accorder sur une politique d’immigration commune avec l’ensemble des pays de l’Union et de nouer de nouveaux accords avec les pays africains. À défaut, les nations doivent pouvoir rétablir le contrôle de leurs frontières nationales afin d’assurer, si -nécessaire, la sécurité de leurs citoyens.

Il faut mettre un terme à l’élargissement sans fin à d’autres pays qui nuit à la stabilité et à l’approfondissement du projet européen. Les négociations concernant l’adhésion de la Turquie doivent être définitivement arrêtées.

L’Europe doit aussi protéger ses entreprises et ses emplois. Les décisions protectionnistes prises par certains États doivent nous faire prendre conscience de la guerre commerciale engagée au niveau mondial. L’Europe doit donc protéger ses acteurs économiques face à une concurrence souvent déloyale de produits étrangers. Le principe de " réciprocité " doit permettre de fermer nos frontières économiques aux pays qui n’ouvrent pas les leurs aux pays européens et qui ne respectent pas nos normes de production. Il faut désormais s’engager sur la mise en place du principe de la " préférence européenne " afin de renforcer le marché intérieur.

La grande diversité des pays de l’UE en fait sa richesse mais constitue également un handicap quand il est nécessaire de concilier des intérêts divergents. Pour que cette diversité ne soit pas un frein, nous devons favoriser la coopération renforcée entre les pays qui souhaitent porter ensemble des projets spécifiques et progresser dans l’harmonisation fiscale et sociale.

Enfin, si nous voulons réconcilier les peuples avec l’Europe, il nous faut changer d’orientation. L’UE doit renoncer à produire toujours plus de normes et doit s’engager sur des projets d’avenir.

Nous devons transformer cette Europe qui apparaît, pour beaucoup, comme une administration désincarnée et déshumanisée, synonyme de règles et de contraintes. Nos compatriotes veulent au contraire être fiers d’une Europe qui innove dans les domaines stratégiques culturels, sociétaux et technologiques comme la révolution numérique, l’intelligence artificielle, la transition écologique, les énergies nouvelles et la lutte contre la maladie d’Alzheimer. Nous devons donner une nouvelle espérance à la jeunesse en construisant un vaste projet éducatif en étendant Erasmus aux lycéens et aux apprentis.

L’Europe ne se limite pas à un territoire ou à un projet économique et financier : les peuples ont aussi besoin d’entendre la voix de l’Europe sur la scène internationale. Nous sommes favorables à une Europe de la défense. La France, unique puissance nucléaire du continent, ne peut continuer à être seule à défendre militairement la démocratie et à exposer ses soldats. Mais l’Europe doit aussi être porteuse de paix en jouant un rôle majeur dans la résolution des conflits, en particulier au Moyen Orient, grâce à une action diplomatique coordonnée.

L’Europe est, pour les peuples du continent, une histoire tragique et des guerres auxquelles ils ont su mettre fin. C’est surtout une culture, des valeurs et un destin partagé de femmes et d’hommes héritiers de la sagesse antique, des valeurs de la chrétienté et de l’humanisme du siècle des Lumières. Ces peuples différents n’ont pas besoin de renier leur nation pour se retrouver dans un projet de civilisation qui défend la liberté, l’égalité des hommes et des femmes et une certaine idée de l’homme et de sa dignité.

Le projet européen est porteur de valeurs. Les réaffirmer sera un puissant ciment de la construction européenne. À nous, les Républicains, de réinventer un nouveau projet européen.

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