Février 2019  
 
Alstom/Siemens : nous avons besoin d’une vraie politique industrielle européenne
 
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Le 6 février, la Commission européenne a annoncé qu’elle rejetait la fusion des entreprises Alstom et Siemens.

Franck Proust (LR, Sud-ouest), membre de la commission du Commerce international et Françoise Grossetête (LR, Sud-est), vice-présidente du Groupe PPE, ont tous les deux ont vivement réagi.

Pour Franck Proust, « le jeu que joue le Ministre Bruno le Maire est dangereux. On peut critiquer une décision de la Commission et l’on peut soutenir qu’il nous faut créer un champion européen avec Alstom et Siemens, mais il ne faut pas oublier ni sa genèse, ni son objectif !

Bruno le Maire pointe du doigt "les méchants fonctionnaires à Bruxelles" pour que l’on ne regarde pas dans l’autre direction, c’est à dire vers Paris et surtout vers l’Élysée. Car, qui se souvient de cet échec annoncé lorsque Emmanuel Macron, alors conseiller de François Hollande, a pesé pour vendre Alstom énergie à General Electric, alors que Siemens proposait de l’échanger contre ses principales activités ferroviaires ? On aurait alors pu avoir un Airbus du rail contrôlé par la France. Au lieu de cela, on vend par morceaux Alstom aux Américains et aux Allemands.

Le gouvernement français est trop prompt à accuser "la nébuleuse bruxelloise" pour se défausser de sa responsabilité. Au fond, c’est de la politique classique. Quand on a quelque chose à se reprocher, on accuse Bruxelles. Je note d’ailleurs que la Commissaire qui est visée faisait partie des candidates pressenties par l’ADLE, allié du Président Macron, pour prendre la tête de la Commission européenne. Il y a de l’eau dans le gaz entre En Marche et ses alliés.

Il faut aussi poser les bonnes questions : Cette fusion peut-elle nous protéger contre la concurrence du mastodonte chinois CRRC ? Rien n’est moins sûr, car Alstom-Siemens pèsera de toute façon moins lourd que les Chinois de CRRC dont le chiffre d’affaires représente le double de celui de ces deux entreprises européennes. La Chine est surtout le plus grand marché ferroviaire du monde. Or, tant qu’il reste fermé aux entreprises européennes, nous n’aurons aucune chance de concurrencer la Chine. Il nous faut donc une politique industrielle européenne pour pouvoir répondre aux défis de la concurrence chinoise. Et vouloir détricoter Alstom et Siemens pour faire accepter la fusion à tout prix n’est pas non plus une solution.

Continuons les accords commerciaux qui mettent en avant la réciprocité et l’accès aux marchés publics, comme le CETA (accord entre l’UE et le Canda) qui a ouvert les marchés publics canadiens à Alstom. Le Ministre de l’Économie doit arrêter d’opposer concurrence et industrie ! N’oublions pas que le droit de la concurrence est un instrument de puissance pour l’Union européenne et un instrument de maîtrise de la mondialisation. Des entreprises étrangères qui veulent fusionner auront besoin de l’aval de la Commission européenne. Et inversement ! »